Le maître et l'apprenti
La
relation du maître et de l'apprenti est unique en ce
qu'elle est personnelle et à vie. Il ne s'agit pas d'un
professeur et de son élève car le maître n'est pas tenu d'enseigner quoi
que ce soit. C'est plutôt à l'apprenti d'assimiler le plus possible
pendant qu'il vit auprès de son maître. Il ne s'agit pas plus d'un
patron et de son subordonné étant donné qu'il n'y a ni rémunération ni
entente contractuelle. Il n'y a pas d'échanges: la relation est
autoritaire et à sens unique. Ce n'est pas un partenariat! Ce sera à l'apprenti de transmettre son bagage de connaissances à
la prochaine génération.
Lors de l'entrée en apprentissage,
Kawachi dit au nouveau-venu que, si le maître observe un corbeau et affirme
que sa tête est blanche, la seule réponse acceptable de la
part de l'apprenti est "hai!"
(l'équivalent en japonais de «oui m'sieur!»). Il doit être entendu
que, par défaut, l'apprenti a tort et son maître a raison, même lorsque
la réalité
est différente, même lorsque maître et apprenti pensent la même chose.
Le nouvel apprenti doit se présenter comme un canvas vierge, comme
cette anecdote du maître zen qui remarque au nouveau-venu trop bavare:
«Comment puis-je te servir du thé si ta tasse est déjà pleine? »
Cela
n'implique de se nier ou s'annihiler, comme souvent on l'interprète
dans l'Ouest. Il s'agit plutôt d'une attitude d'ouverture et de
respect. On doit évidement accepter que, si l'on souhaite venir étudier
auprès d'un artisan, c'est probablement parce qu'on le considère plus
compétent que soi.
Le
maître est un artisan au travail. L'apprenti est la personne qui vient
auprès de lui et qui l'observe, surtout, et qui l'assiste, dans la
mesure de sa capacité. Il n'est pas son assistant ni son homme à tout faire. Il est l'apprenti et c'est une nature en soi.
Il est à noter que maître et apprenti,
comme n'importe quel autre titre, n'ont lieu d'être qu'à même une
relation donnée. En d'autres mots, le maître n'est pas un Maître, mais
le maître de son apprenti. Le maître est donc lui-même l'apprenti de
son propre maître. Il n'y a pas de dénommination asbolue. Il n'y a pas
de Maître. Méfiez-vous de ceux qui prétendent autrement.
Conditions
Pour
être accepté comme apprenti dans un corps de métier traditionnel
japonais, les considérations de race, de nationalité, de statut social,
d'argent, l'expérience, les habiletés, les talents, le bagage
académique, la langue, le curriculum vitae et dans la plupart des cas
le sexe n'ont aucune importance (certains milieux traditionnels
japonais se réservent encore pour un seul sexe, bien que cela change
rapidement).
Que faut-il
donc?!
Ce qui suit pourrait facilement constituer une liste exhaustive des
conditions d'admissibilité (et non d'admission!):
- Plaire au maître
Non
pas en lui faisant la cours, mais simplement dans sa nature, comme deux
étrangers qui s'apprécient ou se méfient; l'aspirant apprenti n'a pas
beaucoup de contrôle sur cet aspect
- La patience
- L'honnêteté
- La modestie
- Le silence
- La dévotion et l'effort soutenu
- L'ouverture d'esprit et la flexibilité (surtout à cause des tensions
culturelles inévitables)
C'est
tout. S'il fallait en isoler une seule, ce serait la patience.
Élément-clé de tous les succès japonais et de la culture nippone en
général. La patience comme nul Occidental ne peut la concevoir. En
fait, même pour le jeune Japonais, elle est développée et acquise au
cours de son éducation. En japonais, on fait référence au concept
"gaman" qui n'a pas d'équivalent direct en français. On pourrait
l'expliquer avec des expressions comme endurance, retenue, patience et
tolérance.
Bien que sont énumérées ici les conditions principales, il n'y a
pas la méthode! Page suivante... |