SUR LA CULTURE DES SABRES JAPONAIS
« Comment devenir apprenti-forgeron de sabre? »
(ou apprenti dans tout autre métier classique d'ailleurs)
En étant très patient. Puis en lisant ces pages.
« Fabriquez-vous d'autres armes à part des sabres longs, tel que des tantō ou wakizashi? » Les forgerons de sabre japonais fabriquent toutes les armes des samurai: toutes les lames et parfois d'autres aussi (jutte, suntetsu, tetto, kabuto-wari, etc). Nous sommes en fait les forgerons d'arme de la tradition japonaise.
« Qu'est-ce que le shinsa et les "papiers" et pourquoi y accorde-t-on autant d'importance? » Dans
tous les domaines d'antiquités existend des experts qui offrent leurs
services afin de permettre d'évaluer l'authenticité et la qualité d'une
pièce. Qu'il s'agisse d'égyptologues ou d'experts japonais, chacun
travaille dans sa branche de spécialité
Un shinsa est une session d'expertise. Dans le cas des sabres, montures
de sabre ou autre antiquité de samurai, ils sont tenus par des
organisations comme la NTBTHK, la NTHK, la NTHK-NPO, et d'autres moins connues, plus locales à travers le Japon. (la toute nouvelle NBSK n'offre encore aucun service de shinsa).
Les shinsa sont tenus à des
périodes prescrites. Les sabres ou autres objets sont soumis et passent
par un processus examinatoire. Le résultat est établi et, si la pièce
est considérée authentique, un certificat, ou kantei-sho, peut être produit.
Les
collectionneurs occidentaux mettent beaucoup d'emphase sur la présence
ou l'absence d'un tel certificate, ou «papier», avec un sabre ou une
pièce de monture donnée, tandis que les Japonais ont plutôt tendance à
faire confiance à leurs connaissances ainsi que leur marchand habituel.
Au Japon il est considéré gênant de s'intéresser au papier d'un sabre,
ainsi démontrant son incapacité à juger par soi-même.
La vérité est que très peu d'individus on les
connaissances nécessaires permettant de correctemetn juger une lame,
mais il est aussi vrai que de trop s'en remettre aux certificats
constitue un grand risque et peut empêcher de pleinement profiter d'un
sabre. Il est important de garder à l'esprit que les kantei-sho produits à une session de shinsa
ne sont, en bout ligne, qu'une opinion humaine faillible et
influençable. Plusieurs cas d'erreurs ou de corruption ont été observés
dans le passé.
« Combien y a-t-il de forgerons de sabre aujourd'hui? » J'ai
pris la pein d'appeler l'Agence des Affaires Culturelles afin d'obtenir
une réponse précise. La réponse fut: « On ne garde pas de registre
concernant le nombre exact. » Ça aurait pu être interprété comme un
refus, mais la personne m'a quand même donné toutes sortes de
statistiques et de nombres exacts sur l'enregistrement des lames et
d'autres détails.
On s'entend généralement pour dire qu'environ 300 individus possèdent
la licence nécessaire pour fabriquer des sabres au Japon. Cependant, on
croit que seulement une centaine sont en fait actifs à temps
plein et que moins de la moitié de ce nombre en vivent bien.
« Est-ce que n'importe qui peut acheter de l'acier tamahagane et fabriquer des sabres au Japon? »
Non. Seuls les détenteurs de la licence de forgeron ont le droit de se procurer du tamahagane produit en coopération avec la compagnie Hitachi Materials, la NTBTHK et l'Agence pour les Affaires Culturelles seulement pour les forgerons de sabre japonais.
De
plus, comme les sabres japonais sont à la fois une arme et leur
fabrication une tradition de métier classique, seuls les détenteurs de
la licence ont le droit de les fabriquer. Ils doivent aussi limiter
leur production à deux longs sabres par mois ou leur équivalent
(un wakizashi, ou sabre court, est considéré comme deux tiers et un tantō, or dague, un tiers d'un sabre long).
SUR LES SABRES JAPONAIS
« Pourquoi les sabres japonais sont-ils si célèbres? » Bien
qu'ils fut à l'origine fabriqués comme de simples armes, un peu à
l'image des autres métiers au Japon, leur fabrication a été élevée en
un art raffiné. Plus de cents sabres japonais ont été déclarés Trésors
National, un fait inexistant dans d'autres parties du monde.
On
apprécie les sabres japonais pour plusieurs raisons selon les goûts de
chacun. Tous, par contre, sont d'accord sur les points suivants:
-
Les technologies utilisées dans leur fabrication est au-delà de la
compréhension complète des scientifiques modernes: on comprend, mais on
ne peut reproduire les chef d'oeuvre des anciens temps.
- Les habiletés nécessaires pour fabriquer avec succès un sabre
demndent une vie de pratique à plusieurs individus. En effet, un seul
sabre requiert de cinq à huit artisans pour être complété.
- D'un point de vue esthétique, les sabres japonais présentent un
certain nombre de points qui plaisent à l'oeil: une élégante courbure,
de fines lignes, le grain de l'acier, comme dans le bois, puis la
marque de trempe, ou hamon, une caractéristique unique. De plus, les
montures du sabre japonais sont un univers en elles-mêmes et plusieurs
collecteurs ne concentrent que sur cet aspect.
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Mais les mots ne remplaceront jamais l'expérience de voir un sabre!
Prenez toutes les opportunités que vous aurez pour voir des chefs
d'oeuvre dans des livres, des musées et faites attentions aux lignes, à
la texture de l'acier ou la marque de trempe, et à l'age, puisque la
plupart des bonnes lames sont vieilles de plusieurs siècles.
« Quelle est la différence entre une lame faite à la machine aujourd'hui et un sabre traditionnel? » Voilà
une question à la fois bien simple et très complexe! De façon générale,
tous les sabres japonais sont les mêmes. Ils ont tous un seul
tranchant, une courbure, tout ce qui fait la "forme typique du sabre
japonais". Mais qu'est-ce qui fait que certains collectionneurs paient
le prix d'une maison pour certaines lames et même pas celui d'une
planche pour d'autres? Quelle est la différence entre vin de dépanneur
et un grand cru? Après tout, ils ne sont tous deux que du jus de raisin
pressé et fermenté.
Entre la médiocrité et les
chefs d'oeuvre, tout est dans les détails. Nous séparons d'abord les
sabres faits de matériaux modernes de ceux des techniques
traditionnels. Le but des derniers est de préserver la tradition, rien
d'autre, tandis que celui des premiers est de performer économiquement
ou utilitairement lors de tests.
Les sabres
traditionnels sont fabriqués afin de bien performer à l'intérieur des
limites technologiques de la tradition. Tout est fait à la main, en
commençant par l'acier lui-même, la forge, le polissage final et les
montures d'un sabre. Aussi, ils ne devraient non seulement être
fabriqués pour ne point casser ni plier et bien couper, mais aussi pour
plaire à l'observateur tel qu'un objet d'art.
« Est-ce que les sabres traditionnels fabriqués aujourd'hui sont un type à part? » Notre
travail est de préserver une tradition. Aujourd'hui les sabres sont
inutiles en tant qu'armes. On pourrait fabriquer des lames bien plus
performantes, plus solides et incassables avec des alliages modernes.
L'idée est de créer ces chef d'oeuvre avec les techniques médiévales.
Nous reproduisons ou nous inspirons d'écoles anciennes. Il est
toutefois vrai que les sabres modernes sont appelés Gendaitō. Même si
nous tentons de travailler à l'intérieur des limites de la tradition,
tout ce qui est fabriqué par des individus présentera des traits
individuels et il est ainsi impossible pour un sabre nouveau d'imiter
un autre de 700 ans.
SUR LA FABRICATION DES SABRES JAPONAIS
« Combien de temps est-ce que ça prend pour fabriquer un sabre de la matière première à la préparation pour le polissage? »
On m'a souvent demandé et j'ai pris de le temps de calculer le temps
exact passé à fabriquer un sabre. J'ai évalué qu'il y a environ
l'équivalent de six semaines (environ 35-40 jours) dans la partie du
forgeron. Le problème de cette question est qu'aucun sabre n'est jamais
fabriqué du début à la fin d'un seul coup.
Imaginez un pottier: il peut prépare de l'argile pour l'équivalent d'un
mois de production, tourner des pots pour une semaine, mélanger une
nouvelle glaçure pendant qu'ils sèchent, retourner à ses pots, pétrir
plus d'argile, etc...
— Combien de temps ça vous prend pour faire un pot ?
— euh...
(et
la réponse serait n'importe où entre un jour et un an et la télévision
affirmerait que "ça prend plusieurs années pour faire un pot!")
On travaille sur plusieurs lames en même temps. On fait des erreurs. On
fait de la recherche. Puis les lames doivent visiter d'autres artisans
afin d'être complétées et ces artisans ont leur propre horaire. On
livre normalement un sabre entre un et quatre ans après le placement de
la commande, mais ça ne prend pas autant de temps pour faire une seule
lame.
Dans l'ancien temps, les forgerons travaillaient dans des ateliers où
des centaines d'artisans étaient spécialisés en un aspect de la
fabrication. On y trouverait des forgerons, des trempeurs, des
limeurs...
« Quelle partie de votre travail prend le plus de temps? » Ça dépend de qui travaille et de quelle technique il a choisi. Toutefois, tanren et kaji-oshi sont les étapes les plus longues.
Tanren.
Le forgeage-pliage, ou pétrissage en quelque sorte de l'acier brut afin
de le préparer et le transformer en une matière utile. Selon les
techniques et la définitions du début et de la fin de tanren, ça prend environ de deux à cinq jours pleins ("pleins" voulant dire manger en forgeant, sans blague)
Kaji-oshi.
Tout le travail effectué après la trempe d'un sabre. Ça implique le
redressage, l'ajustement de la courbure, le raffinement des lignes et
des plans, la gravure de rainures, etc. Les dernières étapes de kaji-oshi
et les premières étapes du polisseurs sont en fait les mêmes. Ils
doivent se chevaucher afin de que le polisseur puisse bien reprendre le
travail du forgeron.
« Combien de temps requiert le polissage? »
Les
polisseurs prennent environ dix jours pour compléter leur part du
travail, tandis que les fabricants de saya et habaki un peu moins. Cela
dépend de qui, du style et du niveau de travail. Au début du XXe
siècle, le standard des polisseurs étaient une journée par sabre! Je me
demande ce qu'ils faisaient exactement.
« Est-ce que le polissage est toujours réalisé par un professionnel ou si le forgeron peut aussi le faire? » L'apprentissage
d'un forgeron de sabre dure entre cinq et sept ans. Celui d'un
polisseur est dix. Je ne crois pas que la plupart des gens puissent
devenir compétent dans les deux (ou n'importe quel deux) métiers dans
une seule vie. Quelqu'un avec la bonne force d'esprit et le focus (dans
les lignes de "travail avant femme, avant enfants, avant argent, avant
manger, avant maison, avant santé") pourrait y arriver, mais je ne vois
pas la motivation. Même DaVinci ne terminait jamais ce qu'il commençait
et a perdu beaucoup de support ainsi. Ce n'est pas cinq d'apprentissage
puis la liberté, mais plutôt trente ans de travail stable, rigoureux,
afin d'arriver à un niveau intéressant, sans blague. Alors non, les
forgerons ne polissent pas et les polisseurs ne forgent pas.
« Y a-t-il eu quelque chose que vous croyiez qui serait facile mais ne le fut pas? » La coupe du charbon. C'est un art, sans blague.
« Y a-t-il eu quelque chose que vous croyiez qui serait difficile mais ne le fut pas? » L'horaire de travail de mon maître au départ.
Quant au travail lui-même, tout est difficile. Très difficile.
Comme Kawachi l'a dit: "Tout est difficile si tu le fais pour vrai."
C'est exactement ça. Même le travail le plus insignifiant devient très
complexe, et une véritable source d'émerveillement, si on s'y donne
corps et âme.
« Si un sabre est craqué ou cassé, peut-on le récupérer? »
On peut seulement le raccourcir de la soie et non de la pointe. On ne
peut donc fabriquer quelque chose qu'avec la portion non endommagée
entre la pointe et la partie endommagée. Si vous avez une craque à 10cm
de la pointe, vous pouvez fabriquer un ouvre-lettre. Si la craque est
près de la base, on peut fabriquer un sabre plus court ou une dague.
On peut toujours recycler l'acier, mais très peu le font.
Ça implique énormément de travail, c'est coûteux et le rendement est
mauvais.
Une craque ne peut être réparée, mais un pli peut l'être.
(vous pouvez aussi appliquer du ruban adhésif, mais un connaisseur ne s'y laisserait pas prendre ;-)
« Est-ce qu'une sabre peut être aiguisé de nouveau une fois endommagé durant le combat? » Les
sabres peuvent être et sont ré-aiguisés: c'est le travail du polisseur.
Cependant, l'aiguisage implique la perte de matière et ainsi la lente
descruction du sabre: le moins possible.
« Fabriquez-vous des sabres d'un seul style ou essayez-vous plusieurs écoles et différents styles? » Présentement
en apprentissage, j'étudie donc toutes les écoles et périodes de
l'histoire. Éventuellement, on trouve un style dans lequel on choisit
de pousser la recherche. C'est important pour évoluer: avoir un focus
et progresser, sinon on n'avance jamais.
«
Est-ce que les autres armes japonaises comme les lances ou naginata
sont fabriquées avec les mêmes techniques que les sabres? » Elles sont fabriqués exactement par les mêmes techniques, seulement d'une autre forme!
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