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Pierre Nadeau
Apprenti-forgeron d'arme au Japon,
auprès de Kiyota Jirokunietsu
Originaire de Montréal, Pierre Nadeau s'est aventuré au Japon pour la première fois en août 2002. Six ans et des souvenirs...
Entre l'adolescence et ce départ décisif, plusieurs
années de quête et de tentatives motivées par
l'unique espoir de trouver un quotidien apportant à la fois
satisfaction professionnelle, financière et
l'émerveillement enfantin dont il affirme ne jamais pouvoir
étancher la soif, le firent «grandir et rappetisser».
Ces expériences sont donc marquées par quelques
années d'étude en photographie professionnelle, divers
emplois dans ce domaine et bien d'autres, puis une entrée dans
le milieu des affaires avec des études en entrepreneurship
suivies d'un Bac en Gestion financière à HEC Montréal.
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C'était
d'ailleurs à cette gymnastique académique qu'il
s'adonnait lorsque, en 2002, quelques éléments se mettent
en ligne et le font décider de s'acheter un billet d'avion pour
le Kansai, au Japon, où pour toute préparation, 1000$
l'accompagnent et la famille d'une amie l'hébergera pour un
mois.
«Avant de partir, pour goûter un peu à ce qui s'en venait, j'avais lu le célèbre Musashi d'Eiji Yoshikawa, sur lequel j'étais tombé par hasard à la librairie de mon université.» (En français, en deux volumes: La pierre et le sabre et La parfaite lumière)
«Lors d'un voyage avec des amis, alors que nous passions par
hasard dans la région d'Osafune, dans la préfecture
d'Okayama — anciennement Bizen — je vis un panneau
sur lequel était inscrit le célèbre nom de Bizen.
Je me rappelai soudainement un passage dans le livre d'Eiji Yoshikawa,
alors que Musashi visite un polisseur de sabre et que celui-ci le
félicite pour l'excellente qualité de son "sabre de
Bizen".»
Il demande aussitôt à une amie de chercher les environs
afin de tenter de trouver un forgeron actif, sans trop d'espoir.
En fait, non seulement ils en trouvèrent un, mais en plus
celui-ci les invita à le visiter le jour suivant.
«Ce jour était Noël 2002, le plus beau cadeau que
j'aie eu et gratuit en plus — comme tous les
plus beaux cadeaux d'ailleurs!»
Ils restèrent quelques heures à observer le forgeron, M.Kawashima.
Il travaillait lentement, dans le silence, on n'entendait que le
souffle du feu. Ils assistèrent au miracle de l'acier
chauffé à incandescence, ainsi rendu
maléable.
«J'avais été complètement ébloui par
le total abandon à son travail, par la force de toute son
attention et par
sa paix apparente.»
«La
seule idée de travailler seul, en paix, retiré dans un
atelier souvent établi à la campagne, auprès du
feu, avec l'acier brut pour seul médium, à effectuer un
travail qui ne cesse jamais d'apporter renouveau et
émerveillement, cela me charmait complètement.
Contrairement à plusieurs expériences excitantes et
révélatrices que j'avais eues dans le passé,
celle-ci était plutôt appaisante et rassurante: un travail
apparement humble et loin des feux de la rampe, mais pas moins
inspirant.»
«Après quelques heures d'observation ponctuée par
plusieurs questions, certaines laissées sans réponse,
M.Kawashima alla chercher un tachi qu'il venait tout juste de compléter. Lorsqu'il nous exposa son sabre, avec son hamon
flamboyant, ses lignes parfaites et l'équilibre du désign digne
de la Nature même, je sus qu'autant de beauté ne me
laisserait jamais indifférent.»
Pourtant, étranger au Japon et aux portes d'un monde
lui-même hermétique, Pierre ne considéra pas le
moins du monde la possibilité de devenir héritier de la
tradition. «À ce moment, je ne pensais même pas que
les forgerons de sabre existaient encore!»
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Un peu
plus tard, le printemps suivant, il eut l'opportunité d'assister
à une démonstration publique de forge, dirigée
par M.Kawachi Kunihira et ses apprentis. «C'est là que je fis la rencontre de Kiyota-san, apprenti de Kawachi-sensei.»

Pierre le visita à plusieurs reprises, par curiosité pour
leur métier et pour en apprendre davantage sur la
réalité du quotidien des forgerons japonais au XXIe
siècle.
En août 2003, il retourna au Canada après un séjour
d'un an bien rempli d'aventures de toutes les couleurs, dont la plupart positives.
Retour à l'université alors que l'idée fait son chemin: Pierre
décide qu'il veut être accepté comme apprenti
auprès d'un forgeron japonais et ainsi devenir héritier de
cette tradition. Plusieurs étrangers ont tenté leur
chance, mais, à ce jour, tous ont abandonné en millieu de
parcours. Un seul non-Japonais, le Californien Keith Austin,
malheureusement décédé en 1997, avait
réussi à obtenir la certification le reconnaissant comme
forgeron accompli dans la tradition japonaise dans les années
'60 «et à ce moment, les structures étaient
beaucoup plus souples, ou plus rigides, selon comment on perçoit
ça! Les licences étaient attribuées arbitrairement
par les autorités en place, selon que l'apprenti était
reconnu comme ayant assimilé l'essence et les techniques du
métier. En fait, ça n'a pas beaucoup changé, tout
ça est juste dissimulé sous quelques
formalités.»
Il
y a en effet la légende d'un Occidental qui aurait établi
sa forge au Japon à l'ère Meiji (fin 19e siècle)
pour y fabriquéer des sabres dans les règles de la
tradition. Contactez Soulsmithing si vous avez plus d'information! |
Deuxième séjour, officiellement en touriste cette fois,
durant l'été 2004, alors qu'il vient rencontrer plusieurs
forgerons japonais, leur demandant simplement de discuter. «On ne
cogne pas à la porte d'un inconnu pour lui demander de devenir
apprenti! C'est comme demander en marriage la première inconnue. La
relation de maître à apprenti ne se termine jamais et le
maître est responsable envers ceux à qui il passe la
tradition.» Il rencontre Yoshihara Yoshindo à Tokyo, Kojima Hiroshi à Saitama, Gassan Sadatoshi à Nara, puis une nouvelle fois Kawachi Kunihira lors d'une exposition et encore Kiyota-san à quelques reprises.
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«Bien
que, comme le dit le proverbe: "On planifie de faire des choses; on
fait des choses; mais on ne fait jamais ce que l'on a planifié",
les coïncidences et les rencontres fortuites se sont
multipliées à un niveau quasiment
psychédélique. Je compris que la vie n'est pas une
série d'événements chaotiques qui "arrivent", mais
bien le fruit de notre propre création.»
C'est finalement à Kiyota Jirokunietsu
qu'il soumet l'idée de devenir son apprenti, malgré le
jeune âge du forgeron. «Lors de ma rencontre avec
Kojima-san, j'avais mentionné le bas âge de Kiyota-san. Il
m'avait alors demandé si Kiyota-san est "une bonne personne". Je
répondis sans hésiter qu'il était en effet
particulièrement bien. Sans hésiter,
il répliqua simplement : "Alors, il fera de bons sabres." Je
trouvai que ça résumait toute l'essence de l'artisan
japonais. "N'importe qui peut maîtriser une technique s'il y met
l'effort durant le temps nécessaire, mais le chef d'oeuvre ne
peut qu'être réalisé par quelqu'un qui est
soi-même un chef d'oeuvre." m'avait dit Yoshihara. La
création n'est que le reflet de son créateur. Les
amateurs d'art n'achètent que des images de
créateur.»
Pierre retourna d'abord au Canada pour graduer à l'université. Il retourna ensuite au
Japon en décembre 2005 pour y débuter son apprentissage
auprès de M.Kiyota.
L'apprentissage
de Pierre — présentement dans sa troisième
année — se déroule lentement mais sûrement.
"Je suis maintenant à cette étape où j'ai
touché à tout mais je ne maîtrise rien! C'est un
grand défi mais c'est très stimulant à la fois."
Vous pouvez contacter Pierre par la page de contact.
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Pierre Nadeau, formant la pièce capable pour un tosu, un couteau de poche stylisé du 6e siècle Automne 2007
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