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Devenir apprenti-forgeron de sabres au Japon
par Pierre Nadeau


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Il était une fois...

Ainsi, un forgeron de sabre japonais est assis tranquilement chez lui. Il prend un thé et ouvre son courrier. Une lettre de l'étranger.

On lui explique à quel point la forge japonaise est source de passion et avec quelle détermination on est prêt à faire tout ce qui est possible pour devenir forgeron dans la tradition japonaise.

En plus, la lettre est en français! Après avoir finalement trouvé l'ami d'un ami qui avait étudié le français à la petite école, il finit par décoder la missive. Le forgeron ne peut que se demander ce qu'on attend de lui sans trop savoir quoi répondre.

Peu importe la situation, il n'y a pas matière à décision puisqu'il n'y personne devant lui! Comment pourrait-il accepter de prendre à sa charge ou du moins sous sa responsabilité un parfait étranger?!

C'est pour cette raison et plusieurs autres que la première chose à faire, pour être accepté dans un corps de métier au Japon, c'est de venir au Japon!

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De plus, comme à Rome on fait comme les Romains, le premier devoir de l'aspirant est d'assimiler les moeurs, comprendre la culture et l'histoire locale, apprendre la langue. Il ne s'agit pas de devenir un fin intellectuel du japonisme, ni un Molière de la langue locale, mais encore, que d'espérer d'être servi dans sa propre langue et selon ses propres moeurs pour apprendre un métier traditionnel local, il faut être passablement arrogant.

Heureusement, à tout le moins dans le cas du Japon, apprendre la culture ne fera qu'élever l'âme et assimiler la langue est loin d'être impossible. Tout ce qui compte, tel que mentionné plus haut, c'est la patience. Or, il n'en manque jamais au Japon.

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Donc venir au Japon.

« Pendant combien de temps? »

Voilà la mauvaise question idéale! La patience n'a-t-elle pas été mentionnée?! Donc cette question ne se pose pas.
En effet, il s'agit de ce genre de patience-là!

Si quelqu'un prétend avoir l'intention d'assimiler un métier ou un art traditionnel nippon, il n'a certainement pas prévu réaliser ça durant un séjour d'un mois. Il ne s'agit pas de rester au chaud et au sec, de s'assurer que la voie est libre, qu'elle est sécurisée et que tous les ponts sont construits, puis de s'engager. Il s'agit plutôt de marcher et, lorsqu'arrivé au ravin, de mettre le pied dans le vide en ayant confiance qu'il y aura un pont, pas après pas.


C'est en s'engageant sur elle que la Voie s'ouvre,
pas en la contemplant du fond de sa tranchée...



Il faut comprendre que l'intention véritable de l'aspirant apprenti est plus importante que ses actions et ses paroles. Celui qui entend réellement devenir forgeron de sabre au Japon est déjà engagé sur la Voie. Il n'attend pas qu'on l'accepte comme apprenti pour lui-même se dévouer. Ainsi. la détermination sera apparente au maître et le choix sera beaucoup plus facile.

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Dans l'ordre


Une fois installé au Japon, alors qu'on s'occupe de se loger, se nourrir et acquérir les bases de sa nouvelles culture, on commence à entrer en contact avec des artisans du milieu, on les visite, sans mentionner d'apprentissage, du moins pas sur le ton d'une requête.

On finit par identifier un, peut-être deux individus dont l'éventualité d'en devenir l'apprenti n'est pas déplaisante. On continue de visiter l'artisan, on construit une relation. L'aspirant ne doit pas éviter de confronter son rêve à la réalité. Pour plusieurs rêveurs, ils n'osent pas s'avouer qu'ils préfèrent préserver leur projet à l'état de rêve plutôt que d'accoucher dans la réalité. Il ne faut pas avoir peur de changer d'idée au départ, car une fois engagé sur la Voie, tout abandon est une perte de temps et d'énergie incroyable tant pour soi-même que pour le maître.

À un certain moment, la possibilité de devenir apprenti apparaîtra naturellement dans la conversation.

Ce qui se fait au bon moment, se fait sans forcer. Si on doit forcer, c'est que ce n'est ni le bon moment, ni la bonne chose à faire.

L'aspirant doit, malgré tout, se méfier aussi de ceux qui offrent un apprentissage un peu trop facilement. Les artisans ayant les plus hauts standards de qualité sont les plus réticents à accepter des apprentis car ils connaissent le chemin et savent qu'une seule personne sur des milliers, voire plus, n'a la constitution pour y voyager. Ainsi, on devrait toujours s'adresser au meilleur artisan dans son domaine. Les préférences personnelles de goût, de personalité ou d'attitude ne doivent pas prévaloir sur la seule chose qui compte: la qualité du travail.

Car la qualité, c'est la vérité.


Note au lecteur:

Ces pages ont été rédigées afin de répondre à une demande certaine (bien que non pécunière) ! Plusieurs personnes m'ont en effet contacté pour obtenir la même information. J'ai donc décidé d'en faire une section sur le présent site.

Ceci étant dit, je demeure ouvert à aider tous ceux (et celles?) qui entreprendraient de devenir forgeron au Japon. Si vous avez lu (plusieurs fois) les lignes ci-haut et que vous êtes installé au Japon ou vous apprêtez à le faire, il me fera plaisir de vous guider.

Vous comprendrez que je ne suis évidement pas dans une position pour référer qui que ce soit à qui que ce soit d'autre. Il n'empêche que je peux toujours fournir des lignes guides bien pratiques.

- Pierre Nadeau
Shimizu, octobre 2007

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